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L’Autriche est un pays où la liberté de presse est garantie par la constitution et plus d’un demi-siècle de vie démocratique. Il n’empêche que l’Autriche s’est vue récemment épinglée par Reporter sans frontière, pour les pressions exercés par le pouvoir sur les médias. L’interventionnisme s’est concentré sur la télévision publique, l’ORF, mais concerne aussi les journaux. La presse d’opposition est l’objet d’une avalanche de procès visant à l’intimider et à leur faire baisser le ton sous peine de lourdes conséquences financières. Ces procédures sont principalement lancées par le FPÖ, contre News, Falter, Format, Profil ou Standard.
Il existe un Conseil de surveillance de la presse autrichienne, garant de l’éthique professionnelle notamment en matière de discriminations raciales. En 2000, le conseil a dû rappeler à l’ordre à plusieurs reprises le plus gros tirage de la presse quotidienne, le Kronenzeitung dont la sensibilité est proche de celle du FPÖ.
Il n’existe aucune instance de régulation de l’audiovisuel comparable au CSA français, ni de véritable loi anti-cartel.
Autre sujet d’inquiétude, la concentration de la presse qui s’accentue. En 2001, Mediaprint (Kronenzeitung, Kurier et Profil) adossé sur l’allemand WAS a fusionné avec le groupe News, lui-même lié à Gruner und Jahr (du géant allemand Bertelsmann). Ce nouveau groupe domine la totalité des magazines et plus de la moitié des quotidiens. Mediaprint est, en outre, en train de racheter une à une toutes les radios locales.
« À peine intronisés, les ministres FPÖ ont placé des gens "à eux" aux postes de décision de l'ÖRF, la radio-télévision publique. Classique coup de balai pratiqué dans tous les pays d'Europe quand arrive une nouvelle majorité ? Peut-être. Mais la purge a été d'ampleur, touchant le directeur général de l'ÖRF, les membres du conseil de surveillance, le directeur des programmes, le directeur de l'information et certains présentateurs. Dans le même temps, de nombreux journalistes ont fait l'expérience de campagnes d'intimidation, se trouvant harcelés au téléphone ou par fax par de hauts responsables de l'extrême droite, chaque fois qu'un reportage offre une image négative du FPÖ. Plusieurs lettres ouvertes de la profession dénonçant ces conditions de travail n'ont pas fait cesser cette pratique. "De toute façon, le mal est fait, confie un journaliste de l'ÖRF sous couvert d'anonymat. Maintenant, il y a des sujets qu'on évite de traiter, des interviews qu'on préfère ne pas faire." La presse écrite n'est pas mieux lotie. Jörg Haider a en effet développé une stratégie très efficace contre les journalistes trop critiques : le dépôt systématique de plaintes en diffamation. "C'est devenu terrible, se plaint en Carinthie (la province gouvernée par Haider) la correspondante régionale d'un grand quotidien libéral viennois. Sur tout ce que j'écris, je ressens la suspicion de mon rédacteur en chef, qui n'a qu'une chose en tête : la peur d'un nouveau procès." Résultat : cette correspondante ne se permet de dénoncer un fait qu'avec des sources prêtes à témoigner à la barre. Lorsque celles-ci veulent rester anonymes - ce qui est souvent le cas -, elle se résout à se taire. » (extrait d'un article de Pierre Daum, Libération 05 février 2002)
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