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  Finlande
La conjoncture économique


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par Jacques Mer

Si l'année 2004 a été calme sur le plan politique, le front économique a été également marqué par une évolution lente. Le programme du cabinet Vanhanen, progressivement mis en œuvre à partir du second semestre 2003, n'apporte pas, malgré certaines inflexions, de changements fondamentaux par rapport aux orientations de la politique budgétaire, monétaire et structurelle pratiquée durant la précédente législature par les gouvernements de Paavo Lipponen.

La situation économique a été relativement encourageante, en raison notamment de la conjoncture internationale favorable, même si en fin de période des interrogations sur les déficits croissants des États-Unis apparaissent ; en revanche, la situation de la zone euro, partenaire important pour la Finlande, reste décevante dans l'ensemble et l'appréciation persistante de l'euro pose des problèmes aux exportateurs.

Par ailleurs, le secteur des télécommunications et de l'informatique, vital pour la Finlande, après avoir enregistré les années précédentes et sur le plan mondial une « crise de confiance » qui n'épargna pas ce pays, semble promis à un second souffle. Mais il est encore trop tôt pour savoir si et comment se poursuivra le récent redémarrage de Nokia : tout dépendra de l’accueil réservé par les marchés internationaux aux nouveaux modèles de téléphones portables.

Faisant suite à des années contrastées (PIB : +5,1 % en 2000, mais seulement +1,1 % en 2001, 2,2 % en 2002 et 2,4 % en 2003), 2004 a été marquée par une croissance honorable : le chiffre provisoire donné par le ministère des Finances avoisinerait 3,7 % pour l'année entière, progrès largement dû aux bonnes performances de la demande intérieure, donc de la consommation des ménages, et surtout de l’investissement. Pour 2005, toutefois, les prévisionnistes envisagent un très léger tassement : autour de 3,3 %; les facteurs de la croissance se partageant désormais entre demande intérieure privés, investissements et progrès du commerce extérieur (si, toutefois, la hausse du pétrole brut et les déficits américains ne viennent pas perturber complètement les marchés)

2004, année de croissance honorable

La bonne tenue de la croissance en 2004 a été caractérisée par un comportement différent des diverses composantes de la demande.

La demande extérieure a été finalement satisfaisante, notamment par rapport à l’exercice précédent. Les exportations (-0,8 % en volume en 2001; et +5,1 % en 2002) n'avaient, en 2003, augmenté que de 1,4 %, en même temps que les prix de ces ventes diminuaient (en raison de la situation sur les marchés mondiaux). La tendance s’est sensiblement améliorée en 2004, notamment pour les industries métallurgiques et électroniques (télécommunications, etc.). Les prix se sont raffermis. La progression devrait être proche de 3,5 %. Au regard des dernières données sur la conjoncture internationale, les perspectives pour 2005 sont assez positives : +4 % en volume, avec une croissance substantielle pour les industries électroniques (téléphones).

Les importations ont nettement augmenté en 2004 : + 4,8 % contre 2,7 %. Les importations de biens de consommation durables, notamment, se sont bien développées. De même que celles de matières premières et de demi-produits nécessaires à la production. Les prix des marchandises importées se sont redressés. On prévoit que l’année 2005 verra ces phénomènes retomber en partie et que le volume des achats de marchandises à l’extérieur ne croîtra que de 2,7 %.

Pour 2004, le surplus de la balance courante avoisinerait 4,2 %, en retrait sur les années précédentes (6,9 % en 2001; 7,4 % en 2002; 4,3 % en 2003). Il déclinerait légèrement en 2005 (3,9 %).

Du côté de la demande intérieure, le moral des ménages en 2004 a été meilleur qu'on l'anticipait, dans la première partie de l’année, mais s’est un peu détérioré par la suite : la consommation intérieure privée a crû de 3,2 % (4,4 % en 2003) grâce à une amélioration du pouvoir d'achat, elle-même liée aux hausses de salaires et à la baisse des impôts. Avec une prévision s'établissant à +2,4 %, les perspectives pour 2005 sont relativement moins favorables. La consommation du secteur public, elle, n'a crû que de 2,1 % (rigueur budgétaire) en 2004.
L'investissement a connu une certaine reprise en 2004 (4,6 %, contre 1,5 % en 2003) : surtout, l'investissement privé (5,7 %), à la fois la construction d’habitations et la modernisation des machines; celui du secteur public se révélant en revanche négatif : - 1,1 % contre + 6,8 % en 2003.

Au total, le PIB devrait enregistrer une augmentation honorable en 2004 : +3,7 % (contre 2,4 % en 2003). La production industrielle aurait même crû de 5,3 % (0,5 % en 2003).
Pour 2005, les incertitudes internationales (prix du pétrole, fluctuations monétaires, etc.) rendent toute prévision délicate; mais un relatif optimisme régnait fin 2004, envisageant une croissance de 3,3 %. Les négociations salariales de novembre-décembre 2004, qui ont débouché sur la poursuite de la modération salariale et ont été récompensées par des gestes fiscaux du gouvernement, ont, in fine, renforcé cet optimisme.

Dans ce contexte, le taux d'emploi, qui était resté stable en 2001 et 2002 autour de 67,7 % et avait fléchi en 2003 (67,3 %), a, à nouveau, un peu reculé en 2004 (67,2 %), mais se relèverait en 2005, autour de 67,6 %, vu le dynamisme de l’activité.

Le taux de chômage, à 9 % en 2003, a régressé en 2004 jusqu'à 8,8 %, du fait du recul de l’offre de travail (notamment chez les jeunes, prolongeant leurs études); le sous-emploi frappant certains secteurs (industrie, agriculture) plus que d'autres (services) et certaines régions périphériques plus que le Sud. En 2005 le taux est prévu à quelque 8,4 %. N’oublions pas que 3,5 % de la force de travail bénéficie de programmes de formation ou d’emplois subventionnés.

Conséquence de ces évolutions, les pressions inflationnistes ont été faibles. L'indice des prix à la consommation s'est accru de 0,2 % seulement en 2004 ( 0,9 % en 2003). L'ascension de l'euro a eu, dans ce domaine, des effets positifs; tout comme la modération des augmentations de salaires. La compétitivité de l'économie ne s'est que très légèrement dégradée ; le pouvoir d'achat des Finlandais s'est amélioré. 2005 devrait voir pour diverses raisons (hausse du pétrole; fluctuations des changes) une hausse des prix légèrement plus forte (1,2 %).

La politique budgétaire

Malgré les critiques dont il avait été l'objet à gauche, le ministre des Finances Niinistö avait réussi, avec l'aide quasi constante de son Premier ministre Paavo Lipponen, à maintenir le cap de la rigueur budgétaire, en 2001 et 2002. Prenant le relais en juin 2003, le gouvernement de Matti Vanhanen, n'a pas fondamentalement changé la ligne, même si il a mis l'accent, grâce en partie à l'insistance des Sociaux-Démocrates et du Ministre des Finances Antti Kalliomäki, sur la nécessité de maintenir certains avantages sociaux et de ne pas accorder aux titulaires de très hauts revenus diverses baisses d'impôts. La conjoncture a fait que les recettes du budget proprement dit ont augmenté en 2004, malgré les réductions d'impôt et la diminution de la taxation des boissons alcoolisées. Pour 2004, les prélèvements obligatoires représenteraient, 44 % du PIB, proportion en retrait par rapport à 2001 (45,8 %) et même 2003 (44,6 %). En 2005, on prévoit qu'elle se stabiliserait autour de 43,6 % : la réforme de la fiscalité sur le capital -adoptée pour maintenir la compétitivité face à la concurrence et pour stimuler la création d’emplois- compenserait les effets des progrès de la croissance en termes de recettes.

Le niveau de la fiscalité reste, évidemment, un thème de controverses dans le pays, relancé en permanence par l'opposition Conservatrice et certains chefs de grandes entreprises, tels M. Ollila de Nokia.

Une des conséquences de la conjoncture et des réformes fiscales est que l'excédent du budget de l'État, qui avait atteint en 2000 le niveau record de 3,4 % du PIB en 2000 et avait connu un très léger surplus (+ 0,3 %) en 2003, s'est transformé en équilibre (+ 0,1 %, en fait) en 2004, qui ferait place à un modeste déficit, -0,7 %, en 2005. Le gouvernement entend revenir à l'équilibre des comptes en fin de législature. Le surplus des finances publiques (au sens de l'UE), de 7,1 % du PIB en 2000, est redescendu à 1,9 % -estimations- en 2004 (ce qui au sein de l'Union Européenne est une bonne performance) et avoisinerait 1,6 % en 2005.

Le surplus budgétaire était destiné naguère au rachat de la dette de l'État, objectif affirmé des gouvernements Lipponen. La dette en question était à 60,2 % du PIB en 1998; elle ne représentait plus que 42,2 % en 2002 Cette politique a vu ses efforts contrecarrés (44,2 % en 2003 et 42,6 % en 2004) par la stagnation, puis par la modération de la reprise en 2001-2004, et devra se poursuivre à un rythme moins rapide que celui initialement prévu naguère. Elle est pourtant indispensable, si on veut faire face aux conséquences du vieillissement de la population dans les années à venir.

Le projet de budget pour 2005 mis au point par le gouvernement en août 2004 est conçu dans la perspective de favoriser, dans l’immédiat, la montée de la croissance et, à plus long terme, de créer les conditions d’une économie plus « compétitive ». Il poursuit le programme de modération fiscale, mis en œuvre dès 2003, et l’étend au capital. Une partie de ce programme est liée à l’intervention fin 2004 d’un accord entre partenaires sociaux sur la modération salariale (qui se réalisera de fait en fin d’année) avec ses effets bénéfiques sur l’emploi et sur les prix.

Du côté des dépenses, si elles n’augmentent que de 1 % en moyenne, certains secteurs seront privilégiés : l’aide publique à la recherche, les dépenses de santé, l’assistance aux personnes âgées, les infrastructures de transports, l’aide aux pays en développement. Le budget insiste par ailleurs sur le nécessaire accroissement de la productivité des services publics.

La politique monétaire

Concernant la politique monétaire, du fait de l'appartenance à la zone euro, les autorités nationales se trouvent dépourvues de possibilités d'action. De fait, la rigueur budgétaire, la modération salariale résultant des accords entre partenaires sociaux, l'appréciation de l'euro, ont écarté toutes tensions inflationnistes.

Réformes structurelles

C'est dans le domaine des réformes structurelles que le rythme des réalisations s'est quelque peu ralenti. La conjoncture depuis deux ou trois ans a rendu risquées des cessions douteuses de capital d'entreprises nationales. Mais l’année 2005 pourrait, comme le conseille l’OCDE, enregistrer une reprise des privatisations.

Sur le plan des réformes du secteur « social », après l'avancée enregistrée en 2002 pour les retraites et pensions, la solution des problèmes liés à l'indemnisation du chômage, l'enseignement, la santé, l’amélioration de la gestion publique, le coût du travail pour les emplois non qualifiés, la flexibilité du marché du travail, n'a que peu avancé en 2004. Le jugement de l’OCDE (qui rejoint sur ces questions les propositions des Conservateurs) est relativement sévère. Mais, même limités, les allègements fiscaux se sont poursuivis, et contribuent de manière non négligeable à créer un cadre favorable à l’activité économique et à la compétitivité.

Un article de Jacques Mer, écrit pour Info-Finlande et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
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