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La coalition gouvernementale de centre-droit islandaise a remporté les élections législatives du 13 mai 2007 avec un seul siège de majorité au Parlement (32 sur 63).


La formation du gouvernement de Geir Haarde par Jacques Mer (15 juin 2006)

Dès le 10 juin, les deux partis de la coalition s'entendent sur la composition du gouvernement qui entrera en fonctions jeudi 15 juin. Le Parti de l'indépendance le dirige, mais perd un portefeuille, celui de l'Environnement (et de la Coopération nordique), détenu jusqu'alors par Sigridur Anna Thordardottir. Ce ministère échoit au PP, ainsi que le portefeuille des affaires étrangères, laissé vacant par Geir Haarde, devenu Premier ministre. Les quatre autres ministres PI (Björn Bjarnason à la Justice, Arni M. Mathiesen aux Finances, Einar Gudfinnson aux Pêcheries, Sturla Bodvarson, aux Communications et Tourisme, et Mme Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir à la Culture et à l'Éducation) conservent leurs attributions.

C'est au sein des ministres "progressistes" que les changements les plus significatifs sont observés. Compte tenu de la "crise" qu'avait traversée le parti en filigrane du retrait d'Halldor, il fallait trouver un équilibre entre "tendances" et "personnalités très diverses". Un élément de stabilité : le vice-président de la formation (qui, lors du Congrès d'août, sera peut-être candidat à la présidence en remplacement d'Halldor, mais n'a pas dévoilé son jeu), reste symboliquement à l'Agriculture. De même Siv Freidsleifsdottir -Secrétaire du PP, naguère tentée par la vice-présidence sans le soutien de Halldor- conserve son portefeuille de la Santé. Le ministre des Affaires Sociales, Jon Kristjansson, quitte le cabinet en même temps qu'Halldor et, parlementaire depuis 21 ans, n'envisage pas de se représenter aux prochaines élections. Enfin, une "fidèle" de Halldor, Valgerdur Sverrisdottir, obtient une "promotion" symbolique et laisse le Commerce et l'Industrie (où elle avait pris fermement position pour les "grands projets industriels", notamment dans l'Est et le Nord, et était une des "cibles" favorites de l'opposition de gauche) au profit des Affaires étrangères, devenant ainsi le numéro 2 du gouvernement.

Trois nouveaux ministres "progressistes" font leur entrée : une élue de Reykjavik, Jonina Bjartmartz, devient ministre de l'Environnement. Un des Directeurs de la Banque Centrale (non parlementaire), Jon Sigurdsson, se voit attribuer la charge du Commerce et de l'Industrie; tandis qu'un député de l'Ouest, Magnus Stefansson, rompu aux affaires budgétaires, aux problèmes régionaux et locaux et à la question du financement du logement (actuellement inflationniste), est nommé aux Affaires Sociales »


Une décision aux conséquences encore imprévisibles : M. David Oddsson « se retire de la vie politique » par Jacques Mer (12 septembre 2005)

La nouvelle est venue comme un « coup de tonnerre » ébranlant le calme ciel politique islandais : le 7 septembre, M. David Oddsson, ministre des Affaires étrangères de l'actuel gouvernement présidé par Halldor Asgrimsson, déclarait à la presse qu'il s'apprêtait à quitter la vie politique pour rejoindre les eaux plus calmes de la Banque Centrale d'Islande (où il présidera le Conseil des trois Directeurs). L'« homme fort » du monde politique insulaire, qui depuis une quinzaine d'années dominait la scène publique -gouvernementale, parlementaire et « partisane »- de son pays, partait sans y être le moins du monde contraint, fait assez rare dans l'île comme dans le reste du monde, et, alors même que nombreux étaient ceux qui lui prédisaient encore « un bel avenir »....

Quelques mots sur David Oddsson

L'actuel chef de la diplomatie islandaise a 57 ans. Rappelons qu'il avait, à l'été 2004, été opéré d'urgence d'un cancer du rein, qu'il s'était rapidement remis de cette affection et avait, depuis lors, repris un rythme de vie très actif, comportant entre autres les nombreux déplacements qu'implique sa fonction.

Né en 1948 à Reykjavik, il a fait de brillantes études de droit, mais s'est très jeune orienté vers le journalisme (journaliste parlementaire au grand quotidien Morgunbladid) et l'écriture (il écririra par la suite des pièces de théâtre pour la scène et la télévision; des nouvelles qui furent des best-sellers ; des essais, etc.). La vie politique l'a également accaparé rapidement, et, à l'âge de 34 ans, il s'est imposé à la tête du Parti de l'Indépendance dans la capitale, étant élu comme Maire après une campagne remarquée... Son dynamisme à la tête de la plus grande agglomération - en constante extension - de la nation lui vaudra l'estime et l'admiration de beaucoup au sein de sa formation, et très vite il deviendra le « leader naturel » d'un groupe de « Jeunes Turcs » et de « rénovateurs » qui se donnent pour tâche de réveiller le vieux parti de centre-droit, jugé parfois enclin à la somnolence et aux luttes de personne (c'est l'époque de la « dissidence » d'Albert Gudmundsson et des populistes du « Parti des Citoyens », qui enlèvent en 1987 nombre de voix et des sièges au Parti). David Oddsson se veut aussi, à l'heure où Ronald Reagen et Margaret Thatcher font école, un disciple du libéralisme économique orthodoxe. Il parvient à redonner de la vigueur au PI, qui avait été écarté du pouvoir entre 1988 et 1991; et celui-ci, qui en fait son Président, lui doit une nette victoire aux législatives de 1991, sans toutefois obtenir la majorité absolue (fait rarissime en Islande, vu les effets de la représentation proportionnelle). Pragmatique avant tout, David, devenu Premier ministre, met sur pied - malgré son éloge passé du libéralisme - une coalition avec un parti social-démocrate, « blairiste » avant l'heure et dégagé des vieux préjugés « marxisants ». C'est le début d'une « révolution tranquille » en matière économique, qui visera à « libérer les énergies » en désengageant l'État - jusque la très interventionniste, protectionniste et s'empêtrant dans une réglementation souvent obsolète - de nombreux secteurs et entreprises, rendus par des privatisations réussies à l'initiative privée (banques, établissements financiers, au départ). C'est aussi la fin du « quasi-isolationnisme économique islandais » avec l'étape marquante que constituera l'adhésion à l'Espace économique européen, en 1994, et, depuis lors, une ouverture massive et stimulante des frontières aux marchandises, aux services, aux capitaux du dehors, sous réserve de quelques exceptions (agriculture, ressources naturelles telles que les pêcheries et les sources d'énergie) dictées par les impératifs de la souveraineté nationale. De 1995 à nos jours, l'économie insulaire, stimulée par de grands projets industriels, va être profondément diversifiée et revitalisée; le niveau de vie des habitants substantiellement augmenté, même si le développement des inégalités va de pair avec ces améliorations. L'Islande, pays longtemps caractérisé par des fluctuations monétaires impressionnantes (périodes d'inflation galopante...) retrouvera une stabilité de bon aloi dans ce domaine ; et la prudence de ses politiques budgétaire et monétaire lui vaudra souvent l'approbation des grands organismes internationaux (OCDE, FMI, etc.). Le plein emploi sera une réalité incontestée.
Tout cela est largement porté au crédit de David Oddsson, bien que ses adversaires (car, comme toute très forte personnalité, il suscite admiration parfois inconditionnelle chez ses partisans et dévouement chez ses admirateurs, mais une franche animosité chez certains de ses adversaires) porteront à son « passif » ses liens trop étroits avec divers milieux d'affaires et notamment les groupes bénéficiaires des privatisations et de la déréglementation, son indifférence à l'égard des fractures sociales nouvelles nées du « règne de l'argent », voire un autoritarisme machiavélien qui l'entraînerait à considérer comme des « pions » de son jeu ses partisans comme ses opposants... Cependant, on s'accorde à lui reconnaître un charisme certain et une intégrité personnelle indiscutable.

Politiquement, David a ainsi conduit son parti à la victoire en 1991, 1995 et 1999, bien qu'au lendemain des trois échéances, il ait dû, -vu les effets de la proportionnelle- se résigner à présider des coalitions, avec les Sociaux-Démocrates en 1991, avec le petit groupe-charnière des « Progressistes » (de l'actuel Premier ministre Halldor Asgrimsson, les fois suivantes). C'est lors des législatives de 2003 que les vents se sont révélés moins favorables. Une certaine usure du pouvoir, la perte de 4 sièges arrachés par les dissidents « populistes » du Parti Libéral, les manoeuvres du groupe charnière des Progressistes avec lesquels l'opposition de gauche tentait de s'allier (en leur offrant le poste de Premier ministre), ont sensiblement réduit la « marge de manoeuvre » de David, un peu affaibli sur le plan parlementaire (22 sièges sur 63 à l'Althing). Le Parti progressiste, centriste, se trouvant l'arbitre de la situation, la formule (inhabituelle) suivante sortit d'un compromis passé entre David et Halldor Asgrimsson : la coalition bi-partite était maintenue, mais David ne resterait Premier ministre que jusqu'au 15 septembre 2004, date à laquelle il céderait son poste au chef des Progressistes. Effectivement, le 15 septembre 2004, une permutation entre les deux chefs de partis s'opéra, Halldor devint chef du gouvernement (et l'est toujours), David Oddssson recevant le prestigieux ministère des Affaires étrangères, peu après qu'un grave accident de santé (cancer), heureusement surmonté, l'ait, très peu de temps, contraint à une courte convalescence.
Au début de 2005, beaucoup voyaient la situation comme « stabilisée » jusqu'aux prochaines législatives de 2007. La principale formation de l'opposition, l'« Alliance », de tendance sociale-démocrate, s'apprêtait à lancer un défi à la majorité de centre-droit sortante, sous la houlette de l'ancienne maire de Reykjavik, Ingibjörg Solrun Gisladottir (challenger malheureuseuse de David Oddsson pour les fonctions de Premier ministre, en 2003), dotée d'un certain charisme mais affaiblie par l'existence d'une extrême-gauche active (« Gauche-Verte ») rendant malaisée une union de l'opposition. David Oddsson restait l'homme « fort » et incontournable pour le centre et la droite, le nouveau Premier ministre Halldor Asgrimsson, malgré des qualités politiques indéniables, n'ayant pas su -en raison de son style et de son comportement parfois jugés « laborieux » et « ternes » - s'imposer auprès de l'opinion. D'aucuns prédisaient même un net affaiblissement du Parti (charnière) Progressiste et un retour en force du Parti de l'indépendance, avec David retrouvant après 2007 son fauteuil de Premier ministre.

Notons qu'au sein de sa formation, deux hommes avaient longtemps semblé pouvoir, le moment venu, lui succéder : l'actuel Ministre de la Justice, une des « têtes pensantes du pays » en matière de politique internationale, Björn Bjarnason, et le ministre des Finances Geir Haarde. Selon certains, David aurait finalement fait du « second » son dauphin et lui aurait facilité l'accession à la Vice-Présidence du parti il y a quelques années.

Le Congrès du Parti de l'Indépendance (13-16 octobre 2005) devrait bientôt entériner l'accession de Geir Haarde à la présidence du parti, puisqu'en même temps qu'il annonçait son prochain départ du gouvernement, David Oddssson précisait qu'il renonçait à la direction du PI qu'il assurait depuis 14 ans.

Perspectives : pistes de réflexion

1) Le retrait de David Oddsson de la vie politique crée un « vide » indiscutable dans celle-ci. Certes, dans l'immédiat, la majorité au pouvoir poursuit sa tâche et un jeu de « chaises musicales » (au sein des ministres du PI) permet une grande continuité : Geir Haarde passera le 27 septembre des Finances aux Affaires étrangères; l'actuel ministre des Pêcheries deviendra ministre des Finances, à la même date, tandis qu'un élu du Nord-Ouest, Einar K. Gudfinnsson, Président du groupe parlementaire, ira aux Pêcheries. L'équipe, ainsi remaniée, devrait rester aux affaires jusqu'au printemps 2007, date de la prochaine rencontre avec le suffrage universel.

La politique menée, définie en 2003 au lendemain de la reconstitution de la majorité, sera continuée, les quelques inflexions à attendre (en 2006 et début 2007) en matière budgétaire et monétaire étant largement dépendantes de la conjoncture économique, elle-même liée à la mise en oeuvre en cours de grands projets industriels.

La révision de la Constitution, lancée en 2004 au lendemain d'une grave crise constitutionnelle ayant opposé le Président de la République au gouvernement, ne pourra qu'être facilitée par le départ de David Oddsson, car il avait été un des acteurs principaux de cette crise en 2004, s'opposant personnellement avec énergie à la tentative du Chef de l'État de sortir de son rôle de « monarque constitutionnel sans pouvoirs politiques ».
La politique étrangère elle-même ne devrait pas subir de novation. Certes David était, plus que beaucoup de politiques islandais (extrême-gauche exceptée) réputé pour être inflexible dans son opposition à toute adhésion de l'île à l'Union européenne. Mais, l'Union, même si elle continue à séduire certains milieux d'affaires et des cadres urbanisés, ainsi que nombre d'universitaires, ne jouit plus, depuis le coup porté par la France et les Pays-Bas au projet de traité constitutionnel, de la même crédibilité que naguère...et la simple prudence conduira certainement les responsbles Islandais à voir ce vers quoi elle s'achemine, la « crise institutionnelle dépassée ». On peut faire confiance à Geir Haarde, un « pragmatique » par excellence, pour témoigner, avec un langage moins direct, des mêmes réticences que David vis-à-vis d'une construction supranationale.

2) Il est également probable que, réuni du 13 au 16 octobre 2005, le Congrès du Parti de l'Indépendance, respectant un "testament implicite" de David, portera au sommet du parti Geir Haarde. Une bataille se livrera peut-être pour la Vice-Présidence de la formation, « marche pied » pour beaucoup. Deux candidats se sont déjà déclarés : le maire d'Akureyri (deuxième ville du pays) et l'actuelle ministre de l'Éducation, de la Science et de la Culture, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir. Depuis quelque temps, cette dernière apparaissait à des observateurs, vu son dynamisme et son charme, comme un « successeur potentiel » de David en réserve pour l'avenir : le « test » du Congrès donnera quelques indications sur sa popularité au sein du parti (dont l'électorat féminin reste un point faible)...

3) Si il s'avérait qu'après la réunion d'octobre, Geir Haarde est désigné pour conduire le PI à la bataille électorale de 2007, on peut s'interroger sur les conséquences que comportera, un an et demi avant le scrutin, le changement de porte-drapeau sur ladite bataille. Ce serait sans doute aller un peu vite en besogne que d'affirmer que le retrait de David nuira à sa formation. Deux raisons incitent à une certaine prudence. Comme toute personnalité forte et relativement extravertie, David avait des « soutiens indéfectibles et inconditionnels » et son charisme pouvait dynamiser de simples sympathisants. Mais il « irritait » profondément d'autres électeurs, travestissant son « autorité naturelle » et son goût de la décision rapide en « autoritarisme » opposé à la contradiction, voire à toute discussion. L'accusation de « pouvoir personnel » quasi-monarchique était même sur certaines lèvres...

Geir Haarde, plus réservé, moins extraverti, ne suscite pas de telles « passions », positives ou négatives. Ce n'est pas toutefois un homme terne, générant l'indifférence de l'opinion, et, après un long passage au ministère des Finances (depuis 1998) il apparaît au gré des enquêtes d'opinion comme l'un des ministres les plus populaires, crédité d'une gestion prudente et fiable, d'une bonne santé des finances publiques, d'un allègement sensible de la pression fiscale, en bref d'une expertise crédible. Dans une période où l'économie islandaise progresse à pas rapides, une partie de ce succès rejaillit sur lui.
L'avenir dira si il a la pugnacité indispensable pour combattre efficacement une opposition qui -si elle n'a pas manqué ces jours derniers de rendre des hommages indiscutables à la personnalité et au courage de David Oddsson (notamment face à la maladie, l'an dernier) ainsi qu'à sa constance et à sa fidélité à ses principes- se réjouit peut-être secretement de ne plus l'avoir comme « adversaire principal ». Le passage de Geir Haarde au ministère des Affaires étrangères va sans doute révéler des aspects inconnus de cet homme de 54 ans, politique « chevronné » mais peut-être relégué jusque-là à un honorable second plan par la présence de son « mentor », l'exceptionnel David Oddsson. Soyons assuré, par ailleurs, qu'à la tête de la Banque Centrale (poste qui est loin d'être uniquement « protocolaire »), ce dernier mettra sa grande expérience politique, économique et ses contacts internationaux au service de responsabilités dignes de son passé.

Jacques Mer

Geir Haarde

 
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