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Conversations avec Antonio Lobo-Antunes

par António Lobo Antunes

( Livre )
Christian Bourgois
Langue d'origine : espagnol
Traduit par Michel Giudicelli
2004, 250 p., 20 euros

ISBN : 2267017156

La retranscription des conversations que l’auteur a eues avec Maria Luisa Blanco (entre avril 2000 et février 2001), préfacées et ordonnées par la journaliste espagnole (directrice du supplément culturel du quotidien El País)

Habituellement peu enclin à la confidence, silencieux sur lui-même autant que sur ses livres, António Lobo Antunes se dévoile pourtant ici avec une grande sincérité et parle de sa vie et de son œuvre en toute liberté. En douze chapitres explorant tour à tour les multiples « thèmes » essentiels qui parcourent son œuvre, ce livre est un cheminement progressif dans le domaine protégé de l’écrivain : son enfance, ses années de formation, sa rencontre avec la psychiatrie, la guerre d’Angola qui le hante, la douleur de la perte d’êtres aimés, sa façon d’assumer le succès littéraire, de percevoir son métier et sa vie d’écrivain, son rapport à la mémoire, aux femmes, etc.; il évoque ses goûts littéraires (Tchekov, Tolstoï, Dickens, Camoes, Flaubert…) et avoue sa dimension auto-destructive (« Le suicide est une présence constante »). Conversations avec António Lobo Antunes est loin de l’éloge vain ou de la reconstitution biographique. L’écrivain et l’homme, l’histoire, son histoire et ses histoires se mêlent pour ne former finalement qu’un tout et dessiner un superbe portrait de l’auteur, observateur fascinant qui ne prend jamais la pose de l’intellectuel, et qui conclue avec la sérénité d’un vieux sage : « Mon pays est là où sont les gens qui me plaisent, les écrivains et les footballeurs que j’aime. »

« Que ces entretiens aient été possibles grâce à la générosité de l’écrivain portugais, voilà ce que le lecteur doit avoir présent à l’esprit. Il ne doit pas oublier non plus qu’il est impossible de capter toute la complexité et la richesse d’un individu en une douzaine de conversations. De toute façon, prétendre cela s’agissant de la personnalité labyrinthique de Lobo Antunes serait d’une audace puérile. Mais cet ensemble de réflexions à voix haute, de révélations sincères, de confidences si intimes qu’elles frisaient parfois la limite de la pudeur la plus élémentaire, n’a d’autre prétention que de rapprocher l’écrivain de ses lecteurs, de contribuer à la connaissance des clefs et des motivations qui sous-tendent la prose de cet écrivain impénétrable. » (Maria Luisa Blanco, Introduction de l'ouvrage)

« Ces entretiens échappent aux limites traditionnelles du genre : la périodisation conventionnelle, et la réduction mécanique de l’éuvre à la vie. Ici, les relations entre les éléments biographiques et les conceptions littéraires de l’écrivain sont sans cesse imbriquées. On y voit la réflexion de l’auteur sur son éuvre s’enrichir de son expérience vitale et de son apprentissage de l’art du roman. Lobo Antunes développe ainsi ce qu’il doit à la découverte de la poésie, "qui lui a fait prendre conscience de la valeur des mots", et de la subtilité de son rapport au récit, considéré à la fois comme un "simple vecteur" et comme ce devant quoi tout doit s’effacer. Cette apparente contradiction se résout en une théorie de l’efficacité, engendrant des émotions qui amènent le lecteur non à admirer l’auteur, mais à vivre le roman, conçu comme devant être "implacable". On découvre dans cet ouvrage un homme tourmenté, éternellement insatisfait de son travail tout en étant conscient de la valeur de romans écrits et récrits en un labeur incessant, acharné. "La difficulté n’est pas d’écrire, mais de couper tout ce qu’il y a en trop, parfois trois ou quatre fois le volume publié, de réécrire, plusieurs fois", nous disait-il. » (extrait d’un article d’Alain Nicolas, L’Humanité, 1er avril 2004)

« Ses parents sont de grands bourgeois cultivés, obsédés par l'excellence. "Ce ne sont pas des gens sympathiques, dit l'auteur de la Splendeur du Portugal. Ce sont des gens bien élevés. On a souvent tendance à confondre sympathie et bonne éducation." Chez les Lobo Antunes, l'excellence était partout : "Il fallait être le meilleur, le plus fort. Si on revenait à la maison et qu'on voyait qu'un autre garçon nous avait battus, mon père nous battait à son tour parce qu'on n'avait pas riposté. On avait beau dire : "Il était plus grand que moi", il répondait : "Tu n'as qu'à lui mordre les testicules."" Sa mère "est la seule femme que je connaisse qui ait relu Proust plusieurs fois", mais, contrairement à celle de Proust, si "elle a de nombreuses qualités, je ne me souviens pas qu'elle m'ait embrassé une seule fois". Pour la tendresse, il y a les grands-parents. Résultat : les frères Lobo Antunes semblent, chacun dans sa catégorie, des "meilleurs" : architecte, neuropsychiatre, directeur d'un important centre culturel, grand écrivain; on sort de l'enfer comme on peut - ou comme on doit.(...) À la fin du livre, Maria Luisa Blanco rencontre les vieux parents de l'écrivain. Ils trouvent ses livres trop tristes, sans rapport avec son enfance heureuse. Ils ne comprennent vraiment pas d'où ça lui vient. D'ailleurs, le père ne lit plus les romans de son fils. "Je n'en ai pas la patience, dit-il. Anatole France disait de Proust que la vie est courte et Proust beaucoup trop long." Il rit, puis ajoute : "La vie est beaucoup trop courte pour lire Antonio." » (extrait d’un article de Philippe Lançon, Libération, 6 mai 2004)



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