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Tchétchénie : Le déshonneur russepar Anna Politkovskaïa (
Livre
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À partir d'août 1999, Anna Politkovskaïa, grand reporter du bihebdomadaire Novaïa Gazetta, s'est rendue plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde, qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont en jeu. Décrivant le calvaire de la population tchétchène, elle montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de compte, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple. Et finalement, ces pratiques finissent par gangrener moralement toute la société. Pour Anna Politkovskaïa, qui n'épargne pas l'actuel président russe Vladimir Poutine, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire -, pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes, dans la difficile période du postcommunisme.
« Comment parvenez-vous à faire encore votre métier de journaliste en Tchétchénie ? Anna Politkovskaïa : J'agis de façon très directe, et je vais jusqu'au bout. Le pouvoir russe, qui est fort et obstiné, n'a de respect que pour les gens forts et obstinés. Et puis j'utilise tous les moyens de pression possibles : je réponds presque toujours aux invitations que l'on me fait à l'étranger pour des conférences ou des débats sur la Tchétchénie, car ce sont autant d'occasions d'enfoncer le clou sur cette guerre atroce. Je pense que cette notoriété internationale est ma meilleure protection. Cela a-t-il modifié l'attitude des militaires russes à votre égard ? Anna Politkovskaïa : Les plus bornés n'ont pas changé. Mais, plus que la reconnaissance internationale, c'est la prise d'otages de Moscou qui a changé l'attitude de certains militaires à mon égard. Pas un jour ne passe sans qu'il y ait un attentat et le pouvoir ne parvient pas à arrêter cette vague. Alors, il y a peu, des hauts gradés sont venus me voir pour me demander conseil. Passé le choc de cette démarche, je n'ai pu m'empêcher de leur dire qu'ils réagissaient trop tard, tragiquement trop tard. Vous expliquez dans votre livre à quel point les Tchétchènes qui informent les journalistes s'exposent à de graves représailles... Anna Politkovskaia : En effet, mais je trouve encore des gens sur place qui ont le courage de me donner des informations pour la seule raison qu'ils ont trop besoin de mon aide. Il est difficile, par exemple, d'ouvrir une instruction à la suite d'une plainte sans s'appuyer sur un article de presse. Mais d'autres journalistes russes se rendent en Tchétchènee. J'ai cru comprendre que Andrei Babitski [célèbre journaliste de Radio Free Europe capturé par des "bandits tchétchènes" avant d'être relâché, NDLR] essaie d'obtenir une autorisation pour repartir en Tchétchénie. Je regrette simplement que certains écrivent sous pseudonymes. Moi, je suis convaincue que, pour être entendu, il faut agir à découvert. » (extrait d'un entretien avec l'auteur, propos recueillis par Marie Golmant, Télérama, 1er octobre 2003) « Sa véhémence n'épargne personne, Poutine au premier chef, celui par qui les zatchistka, les pogroms lancés contre les civils, ont reçu droit de cité dans les usages de l'armée. Anna Politkovskaïa, que l'on a vue en octobre 2002 tenter de dénouer la prise d'otages menée par un commando de boïeviki dans un théâtre de Moscou, ne se fait pas d'illusion sur l'issue d'une guerre conduite au nom du combat contre l'islamisme. L'ordre règne à Grozny, mais la Russie y perd son honneur. » (extrait d'un article de Daniel Bermond, Lire, mai 2003) Préface d'André Glucksmann - traduction de Galia Ackerman l’édition de poche (2005) Sur la Toile Lire un extrait L'Occident regarde la Tchétchénie avec des yeux soviétiques (par Anna Politkovskaïa, Novaïa Gazeta, 7-14 octobre 2003) En Tchétchénie, l'OSCE démissionne et l'Europe perd son âme (Anna Politkovskaïa, 16 janvier 2003, Courrier international) Des articles de Anna Politkovskaïa sur la Tchétchénie ( (Novaïa Gazeta, 14, 15, 2001) Dans BiblioMonde La guerre qui n'aura pas eu lieu Tchétchénie : Dix clés pour comprendre Tchétchénie. La guerre jusqu'au dernier ? La Guerre de Tchétchénie ou L'irrésistible ascension de Vladimir Poutine (sous-titre) Chienne de guerre : un témoignage sur les horreurs de la guerre Le Chardon tchétchène sous le rouleau compresseur russe : une histoire pour les ados Plaie à vif. Tchétchénie 1994 à 2003 : livre de photographie Le conflit de Tchétchénie T comme Tchétchénie... ____________________________________________ Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.
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